Lorsque l’on parle de création de projet, une image revient souvent.

Celle de l’invention.

Quelqu’un aurait une idée.

Puis construirait progressivement tout ce qui permet de la rendre réelle.

Cette représentation contient une part de vérité.

Mais elle ne raconte pas toute l’histoire.

De nombreux projets ne naissent pas d’une invention.

Ils naissent d’une révélation.

Quelque chose était déjà présent.

Des compétences.

Des expériences.

Des préférences.

Des ressources.

Un contexte particulier.

Rien de tout cela ne constituait encore un projet.

Pourtant, tous les éléments existaient déjà.

Le travail consiste alors moins à créer qu’à relier.

Relier ce qui semblait séparé.

Faire apparaître une cohérence.

Nommer une direction qui n’était pas encore visible.

Cette différence est importante.

Lorsqu’un projet est considéré comme une invention, l’attention se porte naturellement vers ce qui manque.

L’idée.

Le modèle.

La méthode.

Les ressources futures.

Lorsqu’il est considéré comme une révélation, l’attention se déplace.

Elle se porte vers ce qui existe déjà.

Ce qui peut être mobilisé.

Ce qui cherche à prendre forme.

Cette approche ne rend pas le travail plus facile.

Elle change simplement le point de départ.

Le projet cesse d’être quelque chose que l’on impose à la réalité.

Il devient quelque chose qui émerge d’elle.

Cela ne signifie pas que tout est déjà écrit.

Cela signifie que la situation contient souvent davantage d’informations qu’on ne l’imagine.

Les projets les plus solides ne sont pas nécessairement ceux qui ont été imaginés le plus loin.

Ils sont souvent ceux qui ont été construits à partir d’une lecture attentive de ce qui était déjà là.

Parfois, le rôle le plus important n’est pas d’inventer.

C’est d’apprendre à voir.