Plus nous maîtrisons quelque chose, moins nous avons tendance à le remarquer.

Ce phénomène concerne aussi bien les compétences que l’expérience.

Au début, chaque apprentissage demande un effort conscient.

Nous observons nos progrès.

Nous identifions clairement ce que nous savons faire.

Puis, avec le temps, certaines capacités deviennent naturelles.

Automatiques.

Évidentes.

Et c’est précisément à ce moment-là qu’elles deviennent difficiles à voir.

L’expérience suit souvent le même chemin.

Une personne ayant traversé plusieurs situations complexes oublie parfois à quel point cette expérience possède de la valeur.

Ce qu’elle considère comme ordinaire apparaît souvent remarquable aux yeux d’un tiers.

Le problème est que l’on mobilise difficilement ce que l’on ne reconnaît plus.

Les compétences visibles sont utilisées.

Les compétences invisibles restent en arrière-plan.

Pourtant, ce sont souvent elles qui constituent les ressources les plus solides.

La capacité à prendre une décision.

À résoudre un conflit.

À structurer une activité.

À comprendre rapidement une situation.

Toutes ces aptitudes résultent généralement d’expériences accumulées.

Mais parce qu’elles semblent naturelles, elles cessent progressivement d’être identifiées comme des ressources.

Une partie du travail de clarification consiste justement à rendre visible ce qui est devenu invisible.

Non pour valoriser le passé.

Mais pour mieux comprendre ce qui est déjà disponible aujourd’hui.

L’expérience ne disparaît pas lorsqu’on cesse de la voir.

Elle continue d’agir.

La différence est qu’une expérience reconnue peut être mobilisée consciemment.

Et cela change souvent la manière dont un projet est construit.